Apprends d'abord à résoudre n'importe quel problème, puis apprends à le résoudre plus rapidement
L'enseignement scolaire est souvent conçu comme si la tâche principale de l'élève était de mémoriser autant de méthodes de résolution correctes que possible.
Pour chaque type d'objet, on introduit des noms propres. Pour chaque combinaison de propriétés, des caractéristiques distinctes. Pour chaque cas courant, une formule spécifique.
L'élève mémorise :
- comment trouver l'aire d'un rectangle ;
- comment résoudre une équation du second degré ;
- comment calculer un mouvement uniforme ;
- comment déterminer l'intensité du courant ;
- comment équilibrer une réaction chimique d'un type particulier.
Tant que le problème ressemble à l'exemple du manuel, le système fonctionne. Mais il suffit de modifier légèrement les conditions, de supprimer le nom familier ou d'ajouter des données superflues pour que l'élève ne comprenne plus quelle formule appliquer.
Il connaît une multitude de solutions, mais ne maîtrise pas la méthode générale de construction d'une solution.
La connaissance des cas particuliers crée l'illusion de l'universalité
Supposons qu'un enfant connaisse les formules de l'aire du rectangle, du triangle, du parallélogramme, du losange et du trapèze.
Cela donne l'impression qu'il sait trouver l'aire des polygones. Mais s'il se trouve face à un heptagone irrégulier, le système familier cesse de fonctionner.
La figure ne ressemble à aucun modèle étudié. Elle n'a pas de nom approprié. Aucune formule spéciale ne surgit dans sa mémoire.
Pourtant, l'aire peut toujours être déterminée par des méthodes universelles :
- diviser la figure en triangles ;
- définir les coordonnées des sommets et appliquer la formule de l'arpenteur (méthode de Gauss) ;
- diviser la zone en parties connues, en additionnant et en soustrayant leurs aires.
Les formules spéciales n'étaient pas inutiles. Elles permettaient de résoudre rapidement des problèmes isolés. Mais on a donné à l'élève les optimisations avant de lui donner la base que ces optimisations réduisent.
En conséquence, il sait résoudre rapidement des problèmes familiers et ne sait pas résoudre lentement des problèmes non familiers.
Il faut d'abord une méthode qui fonctionne presque toujours
Un apprentissage efficace doit commencer par un ensemble d'outils universels minimal.
Cet ensemble d'outils n'est peut-être pas le plus rapide. Il peut exiger plus d'actions, de calculs et de temps. Mais il doit permettre à l'élève d'aborder de manière autonome la classe de problèmes la plus large possible.
Pour les polygones, un tel noyau peut être :
- La représentation de la figure par une séquence de sommets.
- La mesure des distances entre les points.
- La détermination des angles et des directions.
- La vérification de l'égalité, du parallélisme et de la perpendicularité.
- Le découpage d'une figure complexe en parties simples.
- Le calcul du périmètre comme la somme des longueurs des côtés.
- Le calcul de l'aire d'un contour arbitraire.
- La vérification du résultat par une autre méthode disponible.
Muni de cet ensemble, l'enfant pourra étudier un triangle, un quadrilatère ou un icosagone, même s'il n'en a jamais rencontré le nom auparavant.
Son solution sera peut-être longue et inefficace. Mais elle existera.
C'est fondamentalement plus important que la capacité à résoudre instantanément uniquement le problème dont la forme a été prévue à l'avance par le manuel.
L'optimisation doit raccourcir une solution déjà comprise
Une fois la méthode universelle maîtrisée, l'élève commence à remarquer des propriétés récurrentes.
Par exemple, l'aire de n'importe quel rectangle peut être trouvée par la méthode universelle : en le divisant en triangles ou en appliquant la formule des coordonnées. Mais si les côtés du rectangle sont perpendiculaires et ont pour longueurs a et b, tous les calculs peuvent se réduire à :
S = ab
Désormais, cette formule ne ressemble plus à une règle indépendante qu'il faut mémoriser.
L'élève comprend :
- pour quel ensemble de propriétés elle fonctionne ;
- de quelle méthode générale elle est déduite ;
- quels calculs elle abrége ;
- pourquoi on ne peut pas l'appliquer sans vérification à un quadrilatère arbitraire ;
- que faire s'il oublie la formule.
La formule courte ne devient pas la base de la compréhension, mais une optimisation d'une solution déjà connue.
Cet ordre est plus stable :
méthode universelle → propriétés récurrentes → régularité → formule courte
Au lieu de l'ordre habituel :
nom de l'objet → formule toute faite → exercice type
Les noms sont des ensembles de conditions compressés
Les termes jouent un rôle similaire.
Le mot « rectangle » ne crée pas un objet géométrique particulier. Il communique de manière compacte un ensemble de contraintes :
- nous avons devant nous un quadrilatère ;
- tous ses angles sont droits.
À partir de ces conditions, on peut déduire d'autres propriétés : le parallélisme et l'égalité des côtés opposés, l'égalité des diagonales et les méthodes de calcul de l'aire.
En même temps, un rectangle peut posséder des propriétés supplémentaires. Si tous ses côtés sont égaux, il est simultanément un carré, un losange, un parallélogramme et un quadrilatère.
Le nom ne décrit pas nécessairement l'objet en totalité. Il ne transmet que les garanties nécessaires pour un niveau de raisonnement donné.
En ce sens, le terme ressemble à un enregistrement compressé :
quadrilatère + quatre angles droits = rectangle
Mais l'enseignement scolaire inverse souvent cette dépendance.
On montre d'abord à l'enfant une image caractéristique et on lui en donne le nom. On lui demande ensuite de mémoriser les propriétés qui s'y rapportent. Cela crée la fausse impression qu'une figure est un rectangle, un losange ou un trapèze parce qu'elle en a l'apparence.
Le chemin le plus naturel est tout autre :
- Obtenir des données sur l'objet.
- Mesurer ou calculer ses propriétés.
- Vérifier la satisfaction de certaines conditions.
- Tirer des conclusions des propriétés découvertes.
- Si nécessaire, trouver le nom de la classe correspondante.
Le terme devient alors le résultat d'une investigation et un moyen pratique de transmission d'information, et non un mot de passe pour accéder à une formule apprise par cœur.
Tout savoir utile n'a pas besoin d'être stocké en mémoire
Les programmes scolaires traitent souvent toutes les connaissances de manière presque identique. Si un terme ou une formule figure dans le manuel, on suppose que l'élève doit l'étudier et le mémoriser.
Mais les différentes connaissances remplissent différentes fonctions.
Il est utile de les diviser en au moins trois niveaux :
| Niveau | Fonction |
|---|---|
| Noyau universel | Permet d'explorer la classe d'objets la plus large possible sous des conditions d'applicabilité connues |
| Optimisations | Accélèrent la résolution de cas fréquents ou structurés |
| Répertoire / Référence | Stocke les noms rares, les critères, les formules et les méthodes spécialisées |
Le noyau universel doit être obligatoire. Sans lui, l'individu reste dépendant de modèles préétablis.
Il convient d'étudier les optimisations après l'apparition d'un besoin compréhensible de celles-ci. L'élève comprend alors non seulement la formule elle-même, mais aussi la raison de son existence.
Il n'est pas nécessaire de garder constamment en mémoire le matériel de référence. Il suffit de savoir :
- qu'une telle méthode existe ;
- quel problème elle résout ;
- où la trouver ;
- quelles sont ses limites ;
- comment vérifier l'exactitude de son application.
La capacité à restituer ou à trouver rapidement une connaissance rare est souvent plus utile que la capacité à la stocker pendant des années sans l'utiliser.
Toute connaissance obligatoire doit justifier son coût
Tout nouveau terme ou toute nouvelle méthode demande du temps.
Il est nécessaire de :
- le comprendre pour la première fois ;
- le relier à des idées déjà connues ;
- l'apprendre à l'appliquer correctement ;
- le distinguer des méthodes similaires ;
- le maintenir en mémoire ;
- le réviser périodiquement.
Par conséquent, il ne suffit pas de dire qu'une connaissance est vraie ou intéressante en soi. Pour l'intégrer au noyau obligatoire de l'apprentissage, il faut comprendre quelle fonction elle remplit.
Un nouveau terme, une nouvelle formule ou une nouvelle méthode doit apporter au moins l'un des éléments suivants :
- élargir la classe des problèmes résolubles ;
- réduire le nombre de calculs ;
- diminuer la probabilité d'erreur ;
- augmenter la précision ;
- transmettre de manière compacte des propriétés essentielles ;
- permettre de prouver la correction ;
- aider à comprendre ou à contrôler l'outil utilisé.
Si le matériel n'apporte rien de tout cela, il n'est pas indispensable de l'exclure totalement. Mais sa place légitime n'est peut-être pas dans la mémoire obligatoire, mais dans la couche de référence.
L'utilité de la connaissance doit être comparée au coût de son acquisition.
Un terme rare, facile à trouver et qui n'ouvre pas de nouvelles méthodes peut avoir une faible valeur pédagogique. En revanche, un principe universel simple, applicable dans des dizaines de domaines différents, a une valeur très élevée.
Ce principe s'applique au-delà de la seule géométrie
En algèbre, le noyau universel peut être :
- les notions de variable et d'égalité ;
- les transformations autorisées ;
- le système de contraintes ;
- les fonctions ;
- la vérification de la solution par substitution.
La formule des racines d'une équation du second degré devient alors un algorithme spécialisé pour des expressions d'une structure donnée, et non une séquence magique de symboles.
En physique, la base peut être :
- les grandeurs et les unités de mesure ;
- l'état de l'objet ;
- le changement ;
- l'interaction ;
- les lois de conservation ;
- le référentiel ;
- l'incertitude.
La formule s = vt est alors immédiatement perçue dans cette approche comme une simplification pour le cas particulier où la vitesse est constante, et non comme une loi universelle régissant tout mouvement.
En informatique, le noyau comprend :
- les données ;
- l'état ;
- les conditions ;
- les séquences ;
- les boucles ;
- les fonctions ;
- les algorithmes ;
- la correction ;
- la complexité algorithmique.
Les langages spécifiques, les bibliothèques et les interfaces de programmation deviennent des outils remplaçables reposant sur cette base.
Une même architecture se répète d'une discipline à l'autre :
modèle universel → méthode générale → conditions d'applicabilité → optimisations particulières → automatisation → vérification
Les ordinateurs et l'IA rendent cette approche encore plus cruciale
Autrefois, la nécessité de mémoriser de nombreuses formules spécifiques pouvait se justifier par le fait que l'être humain devait effectuer les calculs lui-même.
Aujourd'hui, une part importante des calculs peut être confiée à des programmes et à l'IA. Un système intelligent est capable de reconnaître un objet, de choisir un algorithme, d'exécuter des milliers d'opérations et de vérifier plusieurs options de résolution.
Cela ne rend pas la compréhension inutile. Mais cela en modifie l'objectif.
L'être humain est de moins en moins incité à rivaliser avec l'ordinateur en matière de rapidité de calculs manuels. Il est beaucoup plus important de comprendre :
- ce qui est exactement en train d'être calculé ;
- quelles données ont été utilisées ;
- quelles hypothèses ont été formulées ;
- si la méthode choisie est applicable ;
- à quel point le résultat est précis ;
- s'il ne contredit pas le problème initial.
Le noyau universel permet de poser ces questions. Les formules spécifiques privées de compréhension globale ne le permettent pas.
Si une personne ne connaît qu'un modèle préétabli, elle dépend de la correspondance entre le nouveau problème et l'ancien exemple. Si elle comprend le modèle général, elle peut explorer une situation inconnue par elle-même ou utiliser de manière sensée un outil externe.
L'élève doit être capable d'être lent
L'un des principaux critères d'un bon apprentissage peut se formuler ainsi :
D'abord, une personne doit apprendre à résoudre un problème inconnu lentement. Ce n'est qu'après qu'il est judicieux de lui apprendre à résoudre des problèmes familiers rapidement.
La méthode universelle lente offre une indépendance vis-à-vis des modèles figés.
L'élève peut oublier le nom d'une figure, une formule ou un critère spécifique, il reste néanmoins capable de :
- Représenter l'objet à travers des éléments connus.
- Déterminer les données disponibles.
- Appliquer les opérations de base.
- Obtenir les propriétés requises.
- Trouver une solution.
- Vérifier le résultat.
Lorsqu'un tel fondement existe, les connaissances spécialisées deviennent véritablement utiles. Elles accélèrent le travail, mais ne remplacent pas la capacité de raisonner.
Sans ce fondement, l'enseignement produit un individu qui connaît les bonnes réponses à une multitude de questions préparées à l'avance, mais qui ne sait pas comment agir lorsque la question est formulée différemment.
Le but de l'éducation n'est pas la quantité maximale de connaissances
L'efficacité de l'éducation ne peut pas se mesurer uniquement au nombre de termes, de formules et de sujets étudiés.
Une plus grande quantité de matière ne crée pas nécessairement plus de possibilités. Parfois, elle ne fait qu'alourdir la charge mémorielle et masquer un petit nombre de régularités générales sous une multitude de dénominations particulières.
Un objectif d'apprentissage plus raisonnable est de construire un système dans lequel l'individu sait :
- explorer un objet inconnu ;
- construire son modèle ;
- appliquer des méthodes universelles ;
- remarquer des propriétés récurrentes ;
- en dériver des solutions plus courtes ;
- trouver des connaissances rares selon les besoins ;
- déléguer les calculs aux outils appropriés ;
- vérifier le résultat obtenu.
Le savoir cesse alors d'être une collection de réponses toutes faites.
Il devient un système extensible :
compréhension → résolution → régularité → optimisation → nouveau niveau de compréhension
C'est précisément un tel système qui permet à l'être humain non seulement de reproduire ce qu'il a déjà appris, mais aussi de maîtriser ce que personne ne lui a enseigné à l'avance.